La solitude de Jésus

  • -

La solitude de Jésus

En ce temps-là, Jacques et Jean, les fils de Zébédée, s’approchent de Jésus et lui disent  : »Maître, ce que nous allons te demander , nous voudrions que tu le fasses pour nous. » Il leur dit : » Que voulez-vous que je fasse pour vous? Ils lui répondirent : » Donne-nous de siéger l’un à ta droite et l’autre à ta gauche dans ta gloire »

Évangile du 29° dimanche ordinaire (Marc 10)

Les dix ont beau jeu de s’indigner de la requête de Jacques et Jean. La sagesse populaire et la connaissance élémentaire de l’humain ne nous enseignent-elles pas que « quiconque se plaint d’un travers chez autrui en est souvent plein » ? Il n’y a donc certainement pas que les Zébédée à briguer des places de choix auprès de Jésus.

Jésus et les larrons

L’ambition, en soi, est constitutive de la réussite. Notre culture de compétitivité n’est-elle pas un véritable ADN irriguant tous les do-
maines de l’existence? Chercher à se placer « au soleil des hommes »
est de toujours à toujours. L’étonnant ici, est que «un à ta droite et
l’autre à ta gauche »
représentent explicitement les places… des larrons au Golgotha! Le surprenant, ici, est qu’être proche de Jésus au quotidien, comme est le bonheur des disciples, ne leur fournit pas une compréhension plus profonde de son dessein.

Nous n’en aurons jamais fini de comprendre ce que signifie être ami de Jésus.

Le dramatique aux yeux de saint Marc, en ce dimanche, n’est pas tant l’illusion carriériste de deux frères que la solitude criante de Jésus parmi les siens. Sa passion se profile. Il en fait maintes fois mention à ses proches. Or,
cette prédiction ne les atteint pas au tréfonds d’eux-mêmes. Plus tard, ils comprendront. Plus tard, ils mesureront ce que signifie boire à la coupe. 

Plus tard, ils saisiront que leur Maître et Seigneur fait toujours ce qu’il dit. Il
se donne en rançon pour la multitude. Nul n’est disciple hormis le serviteur. Même Jésus ne veut être décideur de ce qui relève de son Père concernant l’insolite requête. Le Christ est terriblement seul cheminant vers l’inéluctable procès de son Amour.Puisse la « mesquinerie » des Zébédée ne pas seulement nous heurter, mais surtout nous réveiller. Nous aussi résistons à l’image d’un Christ en croix. Nous, aussi, apprécierions une
foi chrétienne moins exposée. Nous, aussi, sommes chercheurs de gratification mondaine tandis que nos vies sont vouées à l’évangile. Les velléités des Zébédée sommeillent en nous. Nous pensons ainsi naïvement édulcorer le dur ressenti de la fidélité au Christ par quelques « compensations. Des commentateurs ne se plaisent-ils pas à démontrer que là où, sur la planète, la religion procure encore un certain rang social, le vocationnel s’en porte statistiquement bien? La conversion est pour tous aujourd’hui comme hier. Nous n’en aurons jamais fini de comprendre ce que signifie être ami de Jésus. Le serviteur n’est pas plus grand que son Maître. Il reçoit de Lui ce que son Maître veut. Plus précisément encore, le Christ étant notre tout, nous avons tout en lui. Tout son être désire devenir nôtre. Le poète François Cheng cerne merveilleusement ce basculement de perspective spirituelle : «Ne quémande rien. N’attends pas d’être un jour payé de retour. Ce que tu donnes trace une voie te mettant plus loin que tes pas. »

Ce splendide quatrain devrait devenir page d’écriture dans toute école de la foi. Oui, le serviteur d’évangile est toujours « plus loin » que ses pas alourdis ne veulent le retenir. Un véritable abîme sépare la vision mondaine de ce que nous demandons aujourd’hui, de la vision christique de ce que nous
connaîtrons un jour. La gloire, dans l’évangile, est un amour livré jusqu’au bout. Disserter sur le rang brigué religieusement, c’est éteindre l’appel que Dieu porte envers qui il veut. Saint Paul nous dit que «Jésus ne retint pas le rang qui l’égalait à Dieu ». Merci à vous, humbles serviteurs de la grâce qui, en toutes vocations, reflétez cet absolu. Votre détachement nous « donne à voir» Jésus. Vous êtes ses amis. Il n’y a plus grande joie. « Choisir dans l’Église les plus humbles tâches, disait Paul VI. À condition qu’elles produisent du fruit. Craindre, plutôt que désirer, monter!…»

P. Bernard Podvin



 


Abonnez-vous à ce blog par e-mail.

Saisissez votre adresse e-mail pour vous abonner à ce blog et recevoir une notification de chaque nouvel article par email.

Yepp! Si vous voulez nous contacter