Les relevailles : autre temps, autres moeurs

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Les relevailles : autre temps, autres moeurs

Le samedi arriva où Maria avait décidé de relever de messe. Mais comme ce samedi se trouvait être le 26 mars, elle avança la date d’un jour pour communier à la fête de l’Annonciation. Il n’est pas nécessaire que les relevailles se fassent toujours le samedi .

Elle entra chez le boulanger, acheta un pain de deux livres pour le faire bénir au prêtre, et s’en fut avertir la sage-femme qui devait l’accompagner à l’église.

Elle entra et demeura au fond un instant : la messe n’était pas encore commencée et Monsieur le Curé confessait- Elle entra au confessionnal, afin de se purifier avant la communion qu’elle  désirait faire. Monsieur le Curé la reconnut dans l’ombre. Elle était toute émue et joyeuse à la pensée de se retrouver dans l’église pour la première fois depuis qu’elle était maman.

Durant la messe, sa pensée se reportait sans cesse vers le petit Louis, qu’elle avait laissé repu et dormant dans son berceau. Elle se le reprochait comme une distraction et reprenait son livre. Mais elle comprit bientôt que sa prière n’en serait que plus parfaite si elle unissait dans son offrande au Christ la pensée de son enfant. La messe de Maria, ce fut un chant d’action de grâces pour la joie d’être mère, une adoration de la servante comblée, une supplication de la créature qui se reconnaît faible et qui sent le besoin de la force d’en-haut pour la grande œuvre de l’éducation. Le petit Louis et sa maman s’entendirent fort bien, durant cette messe, avec l’Enfant-Jésus devenu grand et mourant sur la croix prés dé sa Mère Marie. N’est- ce pas pour les âmes de bonne volonté comme Maria, pour les tout petits comme l’enfant Louis, que le Christ Jésus, chaque matin, s’offre à son Père ?

Ce fut avec une grande joie que Maria se leva au moment le la communion et s’en fut s’agenouiller avec les autres, près de sa mère, devant la Table Sainte C’était une reprise de contact, une amitié qui se renouait, lui semblait-il, après un moment d’absence, bien que la grâce de Jésus ne lui eût jamais manqué quand son heure était arrivée.

Apres la messe, le sacristain lui apporta au fond de l’église un cierge allumé et la sage-femme vint se placer à côté d’elle, portant la miche de deux livres. Monsieur le Curé, en surplis et en étole blanche, précédé d’un enfant de chœur, vint la bénir. Certains s’imaginent volontiers que cette cérémonie est une sorte  d’expiation pour les péchés commis à l’occasion de l’enfantement et pour les messes manquées le dimanche. Il n’y a pas à expier ce qui n’est pas un péché. L’Église a seulement prévu une bénédiction spéciale pour la femme qui a mis un enfant tu monde, et qui vient à l’église remercier Dieu de la faveur obtenue et de la santé sauvegardée.

Maria se tint à genoux, au  fond de la grande allée, son cierge à la main, tandis que le prêtre récitait le psaume : “Au Seigneur est la terre et tout ce qu’elle contient .

Puis, Monsieur le Curé lui mit en main l’extrémité gauche de son étole, en disant : “Entrez dans le temple de Dieu ; adorez le Fils de la bienheureuse Vierge Marie, qui vous a donné la fécondité » Et à la suite du prêtre et de l’enfant de chœur, elle  s’avança jusqu’à la Sainte Table et se mit à genoux ; tandis qu’elle priait de toute son âme, l’Oraison de l’Église demandait qu’elle parvint, après cette vie, dans la joie éternelle, accompagnée de son enfant.

De nouveau, elle reçut l’eau bénite avec la bénédiction du prêtre. Ensuite, elle présenta sa miche, qui fut bénite A son tour et la sage-femme en coupa un bout pour l’enfant de chœur. Le reste fut distribué à la maison entre tous les membres de la famille.
Maria revint à la Brosse, toute heureuse de sa première sortie, mais inquiète aussi à la pensée du petit Louis, qui peut-être la réclamait  Mais non ! il avait dormi sans une larme jusqu’au retour de sa maman. Marie Ravaud, s’approcha :

-Tout a bien marché ?

-Très bien, ma mère. Je suis bien contente !

Et Maria se mit au travail , tout simplement , comme la ménagère de Nazareth !

C’est un texte du curé Louis Guéry qu’il a écrit dans un bulletin paroissial de Longeville (1949). Ce curé devait aimer écrire. En tout cas , il nous a laissé le témoignage d’une pratique qui, aujourd’hui, semble disparue dans la grande majorité des paroisses.

 


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