Violences : relancer le dialogue

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Violences : relancer le dialogue

Bernard  Devert,  fondateur d’Habitat et Humanisme.

Ouest-France, le 10 janvier 2019

« La réussite des Gilets jaunes, soutenue par une opinion jusque-là  favorable, met en échec les corps intermédiaires qui n’ont pas trouvé auprès du gouvernement l’attention qu’ils espéraient. La violence a payé. L’expression de cette crise sociale s’exprime chaque samedi depuis huit semaines. Elle traduit la lassitude mais aussi la détresse de ceux qui n’en peuvent plus de n’avoir comme ressources que ce fameux “ reste à vivre ». Avec comme corollaire, des fins de mois qui commencent très tôt, laissant le goût amer de se sentir délaissés ou de ne compter pour rien au sein de la société.

La pauvreté est une violence mettant en berne l’avenir de ceux qui la subissent.

Le président de la République, lors de ses vœux, a rappelé que chaque personne est nécessaire à la Nation. Cette reconnaissance devrait s’inscrire dans le continuum des engagements présentés par le chef de l’État, le 13 septembre 2018, pour lutter contre la pauvreté. Pas seulement l’atténuer mais d’abord et surtout l’éradiquer tant elle est destructrice des personnes.

Dehors la misère !

Qui ne se mobiliserait pas pour en finir avec un malheur récurrent qui, avec le mal-logement, le chômage, s’inscrit dans un paysage auquel on s’habitue pour ne point se laisser habiter par cette pressante question : qu’en est-il du respect des personnes fragilisées ?

Il y a ici une responsabilité qui offre à la Nation un enjeu décisif et déterminant pour construire la cohésion sociale dont le ciment est l’équité.

Une démocratie plus participative ?

La fraternité, troisième et dernier terme de notre devise républicaine, est restée longtemps l’oubliée ; elle pourrait bien s’imposer comme première. Souvenons-nous qu’à un moment de l’histoire, elle fut placée entre liberté et égalité.

La crise de représentativité entraînera-t-elle une démocratie plus participative. D’aucuns la souhaitent. Encore faut-il que les échanges ne soient pas vains pour ne pas susciter de plus grandes frustrations avec les risques qui s’ensuivraient pour l’équilibre de la société.

Germaine Tillion, cette grande résistante, aimait à dire qu’« en matière de vérité, il n’y a pas de frontière ».

L’heure est celle de l’innovation, plutôt que de s’arc-bouter sur des certitudes en termes de défenses et d’intérêts, jusqu’à feindre d’ignorer un autrement. Plutôt que d’avoir en boucle des scènes de violences, il conviendrait que soient proposés, par des experts, des moments de réflexion, accompagnés de scénarios, afin que chaque citoyen soit plus au clair avec les marges de manœuvre possibles pour se prononcer quant aux changements attendus pour une société moins fracturée.

La sagesse, loin d’être fille de la passivité, est une chance pour trouver un modus operandi pour parvenir à reconnaître ce qui est possible, en posant de façon intangible l’impossible : tolérer misère et pauvreté.

Certes, le pays est confronté à un surendettement et à une économie mondialisée qui doit faire face à des règles sévères de concurrence. Mais, pour autant, la profitabilité des entreprises n’est pas en baisse.

Un pessimisme ambiant laisse penser que l’économie se détériore, mais d’autres experts évaluent que ce propos manque de mesure et de nuance. À imaginer le pire comme proche, on le crée.

Une attente se fait jour, de recueillir des analyses contradictoires présentées avec pédagogie et tempérance pour mieux évaluer les difficultés, mais aussi le champ des nouveaux possibles. Les concitoyens se sentiraient alors respectés, disposant enfin des éléments d’analyse pour mieux comprendre et par-là même s’entendre. »

Portrait : Bernard Devert


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